Le franc-comtois est une langue romane appartenant à la famille des langues d'oïl qui se parle notamment dans le nord de la Franche-Comté (région de l'est de la France). On la désigne par « franc-comtois », « langue comtoise », « parler comtois d’oïl » et souvent par le terme de patois. On peut la désigner également par le terme jurassien ou franc-comtois-jurassien car elle est également parlée dans le canton du Jura en Suisse. Le franc-comtois-jurassien fait partie d'un groupe de langue qui comprend le picard, le wallon et le lorrain. Ces langues ont en effet un certain nombre de caractéristiques en commun, dont une influence germanique.
L'aire de la langue s'étend en France sur les départements de la Haute-Saône, du Territoire de Belfort, du Doubs (nord), dans la partie nord du Jura, ainsi que dans le canton du Jura (Suisse) et une petite partie du département du Haut-Rhin (Alsace) de langue romane. Son domaine est limité au sud par les zones des parlers francoprovençaux, à l'ouest par les parlers bourguignons et champenois et au nord par le lorrain.
Source : Dalby, David (1999/2000). The Linguasphere Register of the World's Languages and Speech Communities. (Vol. 2). Hebron, Wales, UK: Linguasphere Press.
Il n 'existe actuelement pas de graphie standard unifiée pour la langue franc-comtoise, comparable à ce qu'il existe pour d'autres langues d'oïl tel que le normand, le gallo ou le wallon. Aucune norme n'a été créée pour retranscrire les différentes variations dialectales. On peut également dire qu'il n'existe pas non plus de norme précise fixée pour son écriture, notamment en ce qui concerne la notation des sons. On trouve souvent différentes graphies "personelles" utilisées par les locuteurs pour transcrire le franc-comtois à l'écrit.
Certains locuteurs, notamment au sein des associations publiant des recueils de textes et des feuilles périodiques, utilise une graphie qualifiée d' orthographe francisée qui consiste à rapprocher l'écriture du franc-comtois des normes orthographiques et des conventions du français. Celui-ci a été popularisé par Simon Vatré dans les années quarante. Il semble que cette méthode graphique avait déjà été adoptée à la fin du 19° siècle par A. Vautherin et par Ch. Contejean. On note cependant des variations visibles dans les graphies basées sur la méthode de l'orthographe francisé.
2 conventions ont été retenu pour noter les sons inexistant dans la langue française. Ainsi, on note :
Dans les textes historiques, on trouve la notation ë qui indique l'allongement de la voyelle précedente dans un mot.
On possède des écrits du XVII° siècle en langue franc-comtoise, même si durant des siècles, la langue est demeuré principalement parlée. Aussi les ouvrages rédigés dans cette langue sont rares, même si les plus anciens remontent au XVIIe siècle ( une bulle papale provenant du Vatican, et traduites en diverses langues, a été traduite en franc-comtois). Un des plus anciens textes connus en franc-comtois date de 1668, et il est intitulé " Dialogue de Porte Noire et de Pilory sur la prise de Besançon par les Français ". Malgré tout, même si la langue française s'imposa tôt chez les élites en Franche-Comté, elle fut pendant de nombreux siècles la véritable langue du peuple, étranger à la langue française.
Les XIIXe et XIXe sont marqués par un grand recul de la langue allant jusque à sa quasi-disparition au début du XXe siècle. Ceci est notamment du aux politiques menées au sein des écoles visant à imposer le français contre les autres langues parlées en France.
La langue a été étudié par la linguiste Colette Dondaine qui a réalisé une étude de son domaine et écrit plusieurs ouvrages sur le sujet.
En 2007, Jean-Marie Moine, responsable de la Société Jurassienne d'Emulation a fait paraitre un dictionnaire "français-patois" (jurassien) de 1700 pages.
Alexandre Verdel, un chansonnier, a cultivé la langue en écrivant des textes en franc-comtois.
" L'Ulysse et la Climène " de Madeleine et Georges Becker sont des histoires ("riôles") contenues dans un fascicule de 59 pages, tiré par l'imprimerie Metthez de Montbéliard en 1949. Cela raconte les histoires d'un vieux couple de Lougres. Plusieurs de ces histoires ont été rééditées et traduites dans les mémoires de la société d'émulation de Montbéliard, en 1995,1996 et 1997.
Jules Surdez, instituteur originaire du Clos-du-Doubs, a récolté durant sa vie des centaines de contes oraux jurassiens en langue franc-comtoise (dans le dialecte jurassien ) qu’il a ensuite transcrits à l'écrit.
Les Noëls, pièces de théatre ayant pour cadre la nativité, constituent une partie de la littérature historique (à partir du XVIIe siècle). Il faut noter que ces textes doivent être considéré avec précaution étant donné que la graphie et le lexique utilisés sont la plupart trés influencés par le français.
La langue connaît une activité relativement importante dans le canton du Jura par l'existence de plusieurs associations la protégeant et faisant vivre le patois jurassien. L'article 42.2 de la constitution de la République et Canton du Jura fait réference à la langue sous le terme de patois :
(Article 42.2) : " Ils (l'Etat et les communes) veillent et contribuent à la conservation, à l’enrichissement et à la mise en valeur du patrimoine jurassien, notamment du patois. "
Le 26 avril 1997, Jean-Marie Moine proposait d’envisager la création d'un Cercle d'étude du patois au sein de la Société jurassienne d’Emulation (SJE). Il faudra néanmoins attendre le 28 avril 2001 pour que ce Cercle voie le jour. Nommé Voiyïn (regain, en français), il se réunit régulièrement quatre fois par an. Ses activités consistent notamment à : enregistrer des patoisants ; établir un catalogue de tout ce qui a été écrit ou qui a paru en patois (articles, livres, disques, cassettes, vidéocassettes, etc.) ; présenter des travaux de recherches sur la langue patoise, et prendre connaissance des textes patois nouveaux écrits aujourd'hui par les membres du Cercle ; rassembler tous les documents et les mettre à la disposition du public. Le responsable du Cercle, dès sa création, est Jean-Marie Moine.
Fondateur, en 1956, du "Réton di Ciôs-di-Doubs" (l'Echo du Clos-du-Doubs), une amicale de patoisants, Badet Joseph (1915-2007) (plus connu sous le nom de "Djôsèt Barotchèt") s'engage pour la défense et la sauvegarde du patois. Il est notamment l'auteur de dix-neuf pièces de théâtre ainsi que de nombreux poèmes et chansons mises en musique par Paul Montavon et Ernest Beuchat. Il donne aussi des cours de patois, participe à des émissions radiophoniques et écrit de nombreux articles dans les journaux. En 1983, il reçoit le Prix littéraire jurassien.
Les différentes associations de "patoisants" de langue franc-comtoise-jurassienne éditent des publications périodiques.
"Mon père, je l'ai dit déjà, aimait beaucoup son pays natal, la Franche-Comté. Il avait conservé l'habitude de parler avec ses enfants le patois des environs de Besançon. Jamais il ne nous parlait français, et mes frères et moi nous lui parlions toujours patois; nous ne parlions français qu'à notre mère qui ne parlait pas le patois de Besançon."
"Parler (du) patois, ce n'est pas sortir du sujet. Il s'en est allé entre les deux guerres, petit à petit, sans qu'on s'en rendre compte. Et pourquoi ? Nos parents, entre eux, parlaient patois, mais ils ont cessé de le parler à leurs enfants. Ils pensaient que ça pouvait les géner pour apprendre le français à l'école. Et de plus l'instituteur sanctionnait un élève qui sortait un mot de patois . C'est alors que le français a tué le patois. La cohabitation était devenu impossible. Le français fut un antagoniste méchant pour le patois, qui ne demandait qu'à survivre."
"L'intérête qu'elle a porté à l'étude du patois nous a conforté dans notre attachement, notre fidélité à ce qui fut le langage de nos lointains aïeux. Langage injustement méprisé comme étant l'expression des classes inférieurs de la société d'antan."
Si vous souhaitez apprendre le franc-comtois ou tout simplement en savoir plus sur la langue, n'hésitez pas à nous contacter.
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